Sauf que c'étaient des enfants, de Gabrielle Tuloup

11/03/2020

Les conseils de l'Hector

Sauf que c'étaient des enfants, deuxième œuvre de l'auteur, enchevêtre plusieurs histoires rattachées à la question de l'abus sexuel et du viol. La première se focalise sur Fatima, collégienne, qui fut sexuellement abusée par plusieurs autres enfants. Celle-ci, avec l'appui de sa mère, a le courage de dénoncer ces actes. Cela crée beaucoup d'ébullition au sein de l'établissement scolaire.

« L'enfance a une date de péremption, pas la même que celle indiquée sur les paquets. Elle pensait qu'elle avait le temps de voir venir. On ne voit jamais rien venir. »

Ainsi, l'on incarne les points de vue de divers personnages qui sont liés de près ou de loin à cette affaire ; c'est le cas d'Emma, professeur de français, dont les réminiscences d'actions violentes, lors d'une relation conjugale antérieure, se ravivent des lambeaux de sa mémoire. L'histoire de Fatima résonne en elle et ouvre la deuxième partie du récit, focalisée sur Emma. Il plane dans l'œuvre entière des réflexions et questions ouvertes sur le viol, l'abus de pouvoir et les dérives conjugales.


« Mon histoire se superposait à celle de Fatima et je n'avais pas le droit. On ne tire pas à soi la couverture du drame. »

La narration, embrassant différentes expositions d'une même scène, pareille à un terrible fait divers, accentue toutes les répercussions et inquiétudes que peuvent apporter ces peintures. Gabrielle Tuloup sépare le « divers » du « fait » afin que le lecteur puisse saisir les mots sans laisser son esprit glisser uniquement sur la surface de l'effroi. Ici, on est impliqué, emporté, embourbé de doutes dans une œuvre, qui par la justesse de la plume, exprime la détresse, trop souvent survolée par la presse, dans une entière élégance et dans une sensibilité rare ; où les émotions se dessinent sans plonger dans la déploration, dans la dramatisation ou dans la terreur, possibles vecteurs de distance. Les réflexions respirent et ne se cristallisent pas en langage péremptoire : on ne convainc pas, on essaie de comprendre les frontières du consentement, du silence et surtout on suit cette route rugueuse vers la progressive disparition des fêlures intérieures.