La souffrance et le Romantisme

31/05/2020

Adonais, an Elegy on the Death of John Keats, III (en français Adonaïs, III) est un poème fleuve de Percy Bisshe Shelley paru en 1821. Poète romantique britannique dit "de la seconde génération" (tout comme Lord Byron, ou John Keats dont il fait l'élégie), sa femme est la célèbre Mary Shelley, autrice de Frankenstein. Sa vie amoureuse eut un impact sur sa vie personnelle, le contraignant à l'exil en Italie, où il retrouva Lord Byron, et où John Keats, censé le rejoindre, mourut. L'auteur considérait ce poème comme son oeuvre la plus importante, et elle fut très bien accueillie, restant aujourd'hui l'une des, si ce n'est la plus connue de toute sa carrière.


Les émotions les plus prégnantes de ce texte sont la tristesse, le désespoir, la douleur d'avoir perdu un ami poète romantique, qu'il admirait malgré des relations complexes.

La forme du poème est originale : plus de 450 vers, dont les strophes sont composées d'un huitain en octosyllabes, et d'un vers final, un alexandrin.

Le terme "weep" (pleure) est utilisé deux fois dans l'extrait choisi, en injonction à la Mère Mélancolie (vers 2). La souffrance de l'auteur est insoutenable, il ordonne à la mélancolie elle-même de le rejoindre dans sa douleur ; ce qu'il considère comme insupportable n'est pas le fait de sa mort, mais plutôt son aspect irréversible. Les trois derniers vers de l'extrait sont consacrés à cet aspect du deuil : "Oh, ne rêvez pas que les profondeurs amoureuses [les Enfers] / le redonnent à l'air vital ;/ La Mort se nourrit de sa voix muette, et se rit de notre désespoir". L'impression d'être moqué pour sa souffrance, pour son impuissance, est un thème romantique par excellence (qu'il s'agisse d'être impuissant vis-à-vis de Dieu, du Destin, de la Société) mais également intemporel lorsque lié à la Mort. Dans la souffrance, dans la douleur, la poésie se fait universelle.

L'oeuvre a marqué le genre romantique anglais, ainsi que la poésie dans son entièreté, par le mélange de pur romantisme ("Lève-toi, Mélancolie, lève-toi et pleure !") et de classicisme. En effet, le titre "Adonaïs" est formé à la façon des élégies grecques : au nom d'un héros, on ajoute le suffixe "is" ; Achilleis, par exemple est une tragédie d'Eschyle portant sur Achille. 


III

Oh, weep for Adonais-he is dead!

Wake, melancholy Mother, wake and weep!

Yet wherefore? Quench within their burning bed

Thy fiery tears, and let thy loud heart keep

Like his, a mute and uncomplaining sleep;

For he is gone, where all things wise and fair

Descend-oh, dream not that the amorous Deep

Will yet restore him to the vital air;

Death feeds on his mute voice, and laughs at our despair

III

Oh, pleurez pour Adonis -il est mort !

Lève-toi, Mère mélancolie, lève-toi et pleure !

Pourtant, pourquoi ? Éteint dans leur lit enflammé

Tes ardentes larmes, et que ton coeur brûlant garde

Comme le sien, un sommeil calme et sans plainte ;

Car il est parti, où toutes les choses justes et sages

Descendent- oh, ne rêvez pas que les jalouses Profondeurs

Le redonnent un jour à l'air vital ;

La Mort se nourrit de sa voix muette, et se rit de notre désespoir



Le Radeau de La Méduse, sous-titré explicitement Scène d'un naufrage, est une oeuvre de Théodore Géricault (1791-1824), peintre et lithographe français, chef de file du mouvement Romantique, peinte entre 1818 et 1819. Il s'agit d'une peinture à l'huile sur toile, des dimensions impressionnantes de 491 cm de hauteur et 716 cm de largeur. Aujourd'hui, la toile est conservée et exposée au Musée du Louvre de Paris.

Ce tableau résulte de trois ans de recherches, animées par la volonté de représenter les névroses, la souffrance et la mort, ainsi que la volonté de vérité historique.

La scène représente l'équipage de la Méduse, sur un radeau de fortune, conséquence d'un naufrage survenu quelques années auparavant, en 1816. Cette frégate française s'échoua au large des côtes de l'actuelle Mauritanie le 2 juillet 1816, à cause (notamment) de l'incompétence de son capitaine, Chaumareys. Il entraîna la mort de 160 personnes, dont 147 abandonnées sur un radeau de fortune, le Radeau de La Méduse. On retrouve les rescapés 13 jours plus tard, livrés à eux mêmes, sans eau ni nourriture. Si beaucoup sont devenus fous ou se sont suicidés, se jetant à l'eau, les autres survivent en s'adonnant aux plaisirs de la chair -humaine- : l'anthropophagie (le fait de manger les êtres humains). Dans son roman Océan Mer, Alessandro Baricco s'inspire librement de la catastrophe qu'il décrit sous ces termes : " [La mer] était là, dans les mains qui tuaient, dans les morts qui mourraient, elle était la, dans la soif et dans la faim, dans l'agonie aussi elle était là dans la lâcheté et dans la folie, elle était la haine et le désespoir, elle était la pitié et le renoncement, elle est ce sang et cette chair, elle est cette horreur et cette splendeur."

À l'hôpital Beaujon, Géricault étudie les visages des agonisants, les cadavres et les corps amputés, cherchant la vérité de la souffrance et la force de l'expression, et demande même à un rescapé du naufrage de lui faire une réplique du radeau pour ancrer le plus possible son oeuvre dans la réalité.


La réception de l'oeuvre fut partagée : les libéraux opposés à la monarchie ont vu en cette toile un sens politique, le symbole de la dérive du peuple français gouverné par un roi réactionnaire. Géricault cherche délibérément à provoquer la controverse, sur les plans politique et artistique. Il relance l'intérêt de l'opinion publique pour un des paradoxes les plus fréquents en Art, à savoir la relation entre Art et réalité. La critique classique, d'ailleurs, exprime son dégoût pour ce qu'elle n'estime être qu'un "tas de cadavres". Pour Jules Michelet, historien français contemporain de Géricault, "c'est la société tout entière qui se trouve sur le Radeau de La Méduse". Allant de la révulsion, pour les Bourbons, à l'admiration, pour les libéraux, le tableau partage les foules. Il est une prise de parti politique : en dénonçant le capitaine Chaumareys, incompétent car mauvais navigateur, il pointe également du doigt l'armée post-napoléonienne.


Alex et Mathieu

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